Si on veut mesurer de façon précise la marge alimentaire d’une ferme laitière, il faut considérer l’alimentation totale du troupeau pour pro- duire un même quota.

Dans un premier temps, pour bien comprendre la marge alimentaire par kilo de gras d’un troupeau, il convient de se rappeler que l’on parle du revenu net de la paie de lait duquel on a sous- trait les dépenses alimentaires totales du troupeau. Dans la figure 1, issue de la banque de données de Lactascan, on peut constater la corrélation positive entre la marge/kilo de gras troupeau et le kilo de gras/vache produit. Mais là où j’attire votre attention, c’est sur les écarts de marge/kilo troupeau pour une même production, et ce, peu importe le niveau de production.

Très souvent, dans les analyses de performances économiques de fermes laitières, on essaie de trouver une corrélation entre différents niveaux de production et la marge alimentaire, afin d’avoir une cible, soit le chiffre magique à viser! Le problème est que, pour un même niveau de production, certaines fermes sont parmi les meilleures en ce qui a trait à la marge alimentaire/kilo, tandis que d’autres sont en queue de peloton. Les conclusions ne sont donc pas évidentes, et souvent, le niveau de production est même pointé du doigt comme facteur négatif à l’atteinte d’une meilleure marge.

Il est vrai qu’il est possible d’avoir une excellente marge/kilo, peu importe le niveau de production. Mais ce qui fait le revenu de la ferme, c’est la marge/ kilo multipliée par le nombre de kilos produits. Donc, produire son quota est une variable essentielle! De plus, si à la base j’ai une bonne marge et que mon niveau de production augmente, l’impact sera majeur sur le nombre (en moins) de sujets dans l’étable. Ce qui peut aider encore plus à améliorer ma marge.

Prenons comme exemples, dans notre figure 1 (page 14), des fermes à 1,3 kg de gras produit. Pourquoi certaines ont-elles une marge troupeau de 9,50 $, de 10,50 $ ou encore de 11,50$? Nous constatons que le niveau de production ne garantit pas de façon absolue une bonne marge/kilo, bien que la corrélation soit positive. Un autre facteur à considérer est le revenu net après déduction des frais de production de ce kilo de gras vendu (ex. : 18 $). Les taux de protéine, de lactose et autres composants du lait sont des éléments importants de la marge, de laquelle on soustraira les coûts/kilo totaux du troupeau (ex.: 7,50$).

UNE RATION À LA HAUTEUR DE LA PRODUCTION

On peut produire 1,3 kg avec un, deux ou trois groupes en RTM. Avec une alimentation vache par vache ou encore avec une RPM robotique supplémentée au robot. Avec 140 JEL ou 220 JEL. Avec 20% ou 45% de premier veau! On peut alimenter avec une multitude de combinaisons possibles, mais si notre ration soutient une production de 40 litres/vache en moyenne et que le lait réel produit est à 32 litres/vache, le coût/kilo sera élevé et notre marge sera affectée négativement.

De plus, si la ration est parfaite quant à la formulation et aux coûts, mais que le facteur limitant n’est pas pris en compte et que la ration ne se convertit pas en lait et en composants à la ferme, les résultats seront décevants sur le plan de la marge. Par exemple, s’il y a un programme de transition déficient qui ne favorise pas le vêlage de veaux en bonne santé et ne maxi- mise pas les pics, s’il y a un manque de confort, des problèmes de sabots, une qualité et une quantité d’eau insuffisantes, des ensilages avec de mauvais profils de fermentation, une gestion des mangeoires déficiente, une ration non uniforme, etc.

Plusieurs facteurs peuvent interférer et expliquer les différences de marge pour des fermes de même niveau de production. Certaines fermes, avec les rations servies, pourraient faire beau- coup plus, car la planche la plus basse du baril n’est pas la ration! Alors que pour d’autres, la ration est le facteur qui limite le gain de rentabilité. Une ferme efficace, qui dégage une bonne marge à 1,2 kg de gras produit, le ferait très probablement à 1,3 ou 1,4 kg, car la base est avant tout de dégager la meilleure marge/troupeau pour un niveau de production x.

UNE MEILLEURE RENTABILITÉ

Mais une fois fait, le gain de production pourrait facilement se traduire par une rentabilité supérieure. Si nous avions la chance d’avoir trois fermes identiques en ce qui a trait à la gestion, à l’environnement et à la génétique, qui produisent 1,2, 1,4 ou encore 1,6 kg de gras, il y a fort à parier que la marge/kilo ressemblerait à celle de notre figure, soit une marge en légère progression passant de 10,50 $ à 11 $/ kilo. Pour une ferme de 100 kg, c’est une différence à la hausse de 50$/jour ou de 18 250 $/année. Cette différence vient principalement du nombre de sujets total à alimenter. Mais l’impact principal sur la rentabilité globale de ces fermes doit se mesurer bien au-delà de l’alimentation.

Regardons un cas réel (source Lactascan). Une ferme a produit 128 kg de gras dans les 12 derniers mois, soit 1,67 kg en moyenne/vache, avec un coût en concentré de + 50 ¢/hl par rapport à la moyenne. Ce qui est intéressant, c’est la marge/kilo du troupeau dégagée, qui se situe à + 62 ¢/kilo. Pour 128 kg gras/ jour, c’est une marge alimentaire de + 79,36 $/jour ou de 29 000 $/année.

Si on visait la baisse de ses coûts de concentré/hl, tout en acceptant une baisse de production à 1,4, 1,3 ou encore 1,2 kg de gras, quel serait l’impact sur le total des animaux dans l’étable? Selon le tableau 1 (page 13), 65 têtes de plus (dont 36 vaches) seraient alors nécessaires.

En utilisant le Logiciel économique Coop (LEC), on peut faire des simulations très réalistes de l’impact de différents scénarios sur les revenus et les dépenses. Avec plus de vaches, il y a plus de revenus provenant de la vente de taures, de veaux ou de vaches de réforme, mais il y a aussi plus de dépenses pour l’alimentation du troupeau, plus de frais de logement, d’insémination, de médicaments, de vétérinaire, de main-d’œuvre, etc. Si on prend l’exemple de 1,2 kg de gras produit, le LEC nous donnerait un impact négatif annuel de 39 330$, causé par ces 65 têtes de plus. La main-d’œuvre est incluse dans le calcul!

Si un producteur veut améliorer sa marge alimentaire et le solde résiduel de sa ferme, il lui faut bien connaître le point de départ et se mesurer au moyen d’outils performants qui tiennent compte de notre réalité: le quota. Le coût/kilo de gras est la façon de mesurer les coûts d’alimentation. La marge/kilo de gras multipliée par le nombre de kilos produits est la façon de mesurer la marge alimentaire.

Mais au-delà de la marge alimentaire/ kilo, on ne doit pas oublier les frais reliés aux animaux en plus ou en moins pour produire le même quota. Ils auront un impact sur le solde résiduel de la ferme. Il faut toujours faire attention aux coûts d’alimentation, certes, mais sans sacrifier le revenu, car le résultat ultime et le plus important, n’est-ce pas dégager le meilleur solde résiduel en produisant le quota avec la meilleure marge/kilo et en s’attaquant à l’ensemble des charges ?

Texte de Nicolas Marquis, T.P., Expert, stratégie d’affaires agricole – production laitière